2025 - VIA FRANCIGENA CANTERBURY - LAUSANNE
20 Avril 2025. Vers Reims . . .
Comme tous les ans pendant les vacances de Pâques, j'embarque mes petits fils Mathieu et Gaspard pour une randonnée de 250 à 300km . Ce sont d'excellents marcheurs pleins d'allant et d'élan. Evidemment le but du jeu est de marcher plus vite que leur grand-père ce qu'ils arrivent à faire sans aucune difficulté, malgré la forte inclinaison à la tricherie de ce dernier qui ne se gène pas pour couper l'itinéraire par de savants raccourcis.
La première étape est de récuperer les garçons puis de foncer en Angleterre pour commencer cette belle et prometteuse aventure. Mais décidemment malgrè un lever de soleil fabuleux sur Paris, tout va aller de travers ce matin.
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| Il est 5 heure, Paris s'éveille . . . |
À la Gare de Lyon j’attends les garçons au train de 10h08 en provenance précisement de Lyon. Personne. Je stresse. Où sont-ils ? Dans le train de de 10h34. J'ai eu peur.
Je prévois le RER D en direct pour la Gare du Nord. Le RER D est fermé aujourd’hui. Je stresse. Ce sera donc le taxi.
Enfin la file d’attente pour l’Eurostar. Un panneau nous offre une incroyable nouvelle en nous informant de l’annulation de notre train. Je stresse. Internet m’enfonce un peu plus : tous les trains de la journée sont complets. Je restresse. Bon, je prends une grande aspiration d'air, je ferme les yeux et me plonge dans l'univers zen pendant quelques secondes. Une seule et dernière possibilité est de tenter l'aéroport de Roissy pour voir s'il n'y a pas quelques avions en partance sur Londres. Nous fonçons à toute allure en direction de Charles de Gaulle pour essayer de trouver un vol que, finalement, on me vend au prix de 5 allers-retours en Polynésie en première classe. Les garçons eux sont en liste d’attente. Stress. Une fois les billets pris et mon compte en banque asséché comme un lac saharien, nous nous présentons au guichet de la police des frontières. Il manque une signature sur les autorisations de quitter le territoire des garçons . Je stresse. Ça continue ! Entre l'aéroport de Londres et la gare de Saint Pancras, il faut prendre le métro lequel n'a changé en rien depuis que je le prenais en 1973 pour me rendre à la banque où je faisais un stage. Un saut en arrière de cinquante an ! Arrivés à la gare nous cherchons notre train, nous le trouvons, nous nous asseyons dedans avec un grand soupir de soulagement pensant que les galères sont finies pour aujourd'hui. Mais quand le train part, j'ai le sentiment diffus que quelque chose ne va pas, que ça ne colle pas : en effet un autre passager nous confirme que nous nous sommes trompés train. Je stresse. Finalement, au bord de l'épuisement, hagards, Welcome to Canterbury ! l'arrivée est quand même gachée par la clef de notre hébergement qui fait mine de ne pas vouloir ouvrir cette satanée porte. Je stresse.
Nous finissons par visiter l'admirable centre ville, plein de vie et de jeunes qui font la fête en ce jour de Pâques. Mes garçons apprécient l'ambiance et les vieilles rues. Mais aussi la pizzeria qui nous nourrit.
À partir de là absolument tout ne va pouvoir qu’aller beaucoup mieux. La vie sera certainement plus belle à partir de la journée de demain.
En effet elle commence par une visite de la magnifique cathédrale de Canterbury, qui n'a été ratée que de peu par les bombardiers allemands pendant la guerre.
Un policier en faction nous propose spontanément de nous prendre en photo tous les trois autour de la stèle qui marque le point de départ de notre chemin. En Angleterre cela est possible, rejouissons nous en. En France je ne vois pas un policier faisant la même proposition à un touriste devant Notre Dame de Paris.
Devant cette stèle, j'ai un peu de vertige en réalisant le chemin qui reste à parcourir : environ 1100 km pour Lausanne, 1300 pour la frontière italienne et 2500 pour Assise et Rome.
Deux jours de marche assez peu interessante pour rejoindre Douvres. Le chemin est tout droit à travers les cultures et monte et descend les vagues de collines du Kent (the Downs). Un vent d'est, glacé, me perturbe beaucoup : je suis congelé et la marche n'arrive pas à me réchauffer.
Dans le brouillard du matin apparait une belle demeure. Des voitures de luxe sont garées sur l'arrière de cla maison.
La traversée sur ce magnifique bateau ne dure qu'une demi heure que les garçons comme d'habitude internetisent. Je plains les parents de cette génération . . .
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| L'addiction . . . |
La première journée sur le continent entre Calais et Wissant est bien difficile : je souffre à marcher sur le sable des plages. Les muscles sont douloureux. Le souffle est court en grimpant les pentes du Cap Blanc Nez. Je me fais doubler par une dame portant sac à dos mais qui boite. C'est dire ma vitesse de progression ! le moral en prend un bon coup. Les garçons sont loin devant. Heureusement ce paysage de champs et de prairies en bordure de mer est superbe.
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| Le Cap Blanc Nez |
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| Au loin les garçons . . . |
De temps à autre des unités de la gendarmerie patrouillent les plages à la recherche d'immigrants candidats à la traversée vers l'Angleterre. Je ne peux m'empécher d'empathie et de pitié pour ces pauvres gens fuyant guerres, oppressions et famines dans des conditions abominables. Que de chance avons nous dans notre beau et riche pays ! Me vient cette prière :
Seigneur Jésus, prends pitié de nos pauvres existences d'hommes et de femmes comblés de 1000 grâces où nous n'avons même pas conscience que nous vivons le paradis sur Terre alors que d'autres y vivent presqu'un enfer ! Envoie leur du haut du Ciel tes grâces et laisse les loin des tourments horribles de la séparation, de la haine et de la misère.
En descendant plein sud, le chemin traverse quelques magnifiques forêts de hêtres tapissées de fleurs printanières.
Dans le village de Wisques la communauté des religieuses bénédictines de l'abbaye Notre Dame proposent un moment de recueillement dans leur chapelle, suivi d'un diner simple mais délicieux et d'un hébergement minimaliste mais tellement apprécié.
J'adore cette frugalité qui me convient totalement.
Pendant plusieurs dizaines de kilomètres, autour de Bruay La Buissière, les grandes plaines agricoles font place au paysage minier typique du pays du charbon, avec l'horizon bouché par d'innombrables collines de scorie (crassier). Un ancien mineur reconverti en entrepreneur malin, fait même pousser des vignes sur les flans d'une de ces montagnes artificielles.
Depuis le milieu du département du Pas de Calais, le chemin suit pratiquement la ligne de front de la gerre de 14/18. Cette partie jusque vers la Somme était tenue par l'armée anglaise avec l'aide de troupes du Commonwealth. Partout, presque dans chaque village, des cimetières militaires impeccablement tenus rappellent les divers nationalités des combattants : anglais, canadiens, africains du sud, australiens, indiens, neo-zelandais. Village après village le rappel permanent des sacrifices ultimes de ces valeureux hommes d'outre-mer est extrèmement poignant. Toutes les religions sont représentées, chrétiens, musulmans, hindous . . . De temps à autre un calvaire ou une petite chapelle permet de se recueillir pour la paix de l'âme de ces pauvres gens.
De très loin on aperçoit la tour de la nécropole d' Ablain Saint Nazaire où, autour de l'église Notre Dame de la Salette, gisent les corps de 40 000 soldats. 15 000 d'entre eux reposent dans deux ossuaires car considérant l'état des corps, il avait été impossible de les identifier. Le plus terrible est de réaliser que tout cela n'a servi à rien car seulement une vingtaine d'année plus tard les tueries recommenceront.
Les vacances scolaires de Pâques se terminant, les garçons me quittent à Arras pour rejoindre leurs écoles. Nous avons malgré tout le temps de nous restaurer sur la Grand'Place et d' admirer ces monuments historiques sublimes dont l'admirable beffroi.
Puis entre Laon et Corbeny je suis le fameux chemin des Dames qui a vu tellement de souffrances pendant la première guerre. Tous les villages ont été reconstruits, ne subsistent ici et là que quelques pans de mur dont les anciens me disent que c'est tout ce qui reste de la maison de leurs grand-parents. En 1917 l'offensive Nivelle en direction du plateau de Californie fait 130 000 victimes entre avril et juin et se solde par une défaite épouvantable. Contrairement à la bataille de Verdun qui elle, fut une victoire, sur le terrain il ne reste aucune trace des combats dans ce secteur, la nature a repris ses droits.
Les conditions de vie des soldats étaient tellement épouvantables qu'elles ont créé une situation de révolte en particulier au village de Craonne. Ces mouvements d'insoumission ont été matés à coup d'exécutions des meneurs dans des conditions peu génératrices d'élan pour le reste des troupes pour retourner au combat.
La bataille de la Malmaison quelques mois plus tard a donné lieu à une préparation d'artillerie d'une ampleur pratiquement inégalée à ce jour.
Le Chemin des Dames
| Arrivée à Reims |
1er septembre 2025. Vers Lausanne . . .
Après un bel été et quelques magnifiques mariages familiaux dans une maison aimée, il est temps de rejoindre Reims et de se mettre en route pour traverser des régions dont la plupart sont pour moi terra incognita. J'ai devant moi un chemin de 650 km pour rejoindre Lausanne avec, sur la fin, une traversée du Jura qui m'inquiete déja beaucoup : mais pas assez pourtant pour calmer mon euphorie et diminuer mon bonheur de me remettre en route le visage tourné vers le vent de l'aventure.
Au petit matin, le départ est précedé, par quelques instants de recueillement dans la magnifique et historique cathédrale de Reims. Pendant la guerre de 14 elle a été bien abimée par les bombardements allemands. Mais aujourd'hui elle a retrouvé toute sa splendeur royale.
Cette cathédrale, ancienne abbaye Saint Rémi, a été le théatre du baptème de Clovis et pratiquement de la quasi-totalité des sacres des rois de France. Celui de Charles VII en 1429 inversera le cours de la guerre de Cent Ans grace à la ténacité de Jeanne d'Arc dont la statue trone sur le parvis de la cathédrale.
Les vendanges battent leur plein sur le versant nord de la Montagne de Reims. Les hommes s'affairent, sécateurs en main, la totalité d'entre eux vient de Bulgarie. La pente est assez raide et pour reprendre mon souffle je m'assois sur les bornes délimitant les vignobles des grandes maisons de champagne.
La montée vers le plateau est assez difficile pour un premier jour de marche et la soif me tenaille : une petite coupette de champagne serait bien désaltérante ! Sur le plateau, à ma gauche, au milieu de la forêt, le Mont Sinaï : quand j'étais à l'école, j'ai du sécher un cours de géographie à moins que j'ai pu rater une bifurcation quelque part. Mystère !
En bas du versant sud de cette Montagne de Reims, mon chemin suit le canal latéral de la Marne voire la Marne elle-même pendant une petite centaine de kilomètres. C'est assez agréable de marcher sur ce sentier complètement plat, l'eau apporte de la fraicheur et les arbres de l'ombre si nécessaire. Il est vrai que la ligne droite est un peu ennuyeuse au bout d'un certain temps.
Petit arrêt au village de Pogny pour trouver quelque nourriture, ce qui m'amène à traverser un pont sur la Marne. En juin 1940 un char français, le Beni Snassen tient en respect une colonne de blindés allemands qui veulent traverser le pont et en détruit 4. Il est lui-même touché par un obus d'artillerie plus tard dans la soirée, tuant la totalité de l'équipage. Honneur aux héros !
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| Le Beni Snassen |
Puis c'est la traversée de la Champagne agricole, avec ses collines arrondies très peu arborisées et ses jolis chemins de craie blanche , tellement agréables à marcher.
La campagne regorge de mémoriaux militaires datant de la fameuse bataille de la Marne du 5 au 12 septembre 1914. Le premier mois de la guerre a été catastrophique pour l'armée française qui a été mise en déroute devant l'avancée allemande, avec 200 000 morts à la clef du coté français, dont mon oncle Firmin Tarnaud pendant les quatre premières semaines du conflit. Voulant poursuivre et anéantir les français qui battent en retraite en désordre à l'est de Paris, les allemands ont ainsi exposé leur flan ouest aux troupes du général Galieni qui protégeaient Paris. Le général Joffre ordonne l'arrêt de la retraite pour confronter l'armée allemande et finalement la stopper. Les allemands seront obligés de faire demi-tour le 12 septembre.
Au sommet d'une colline je m'arrête devant le mémorial de la bataille du Mont Moret. Cet affrontement surviendra dans cet endroit du 6 au 10 septembre et fera environ 4000 victimes du coté allemand et autour de 3000 du coté français. En trois jours ! Une véritable boucherie !
Peut-être pour alléger l'ambiance sombre de ce secteur, je tombe sur ce panneau dans une rue de Vitry le François, dont j'imagine que le marché de l'immobilier est à un prix très bas.
Arrivé au village d'Outines, j'ai une petite incompréhension avec mon hotesse, car je n'ai pas le fameux credentiale que les pélerins font tanponner à chaque étape s'il le souhaite. Il semblerait que cela soit nécessaire pour apporter la preuve formelle de la qualité de pélerin de l'intéressé voire servirait éventuellement pour obtenir une remise dans les hébergements. Ceci est trés dans l'esprit français de controler, de centraliser. Jamais on ne m'a demandé ce credentiale en Italie et pratiquement jamais en Espagne. Je mets cette obligation absurde sur le compte de l'esprit procédurier et tellement centralisateur de l'organisateur français de la Via Francigena. Personnellement je suis, bien sur, contre cet encartage obligatoire. Si on veut savoir si je suis un pélerin, on n'a cas me le demander et je répondrais " Oui je suis pélerin" . C'est tout. Ce qui fait l'intéret de la randonnée au long cours, c'est la liberté. Bon on aura compris que j'ai été un peu irrité ce soir là.
Dans cette région de Champagne, pays de craie, où il n'y a pas de pierres pour la construction, on batissait autrefois églises et maisons avec la technique dite "à pans de bois" dont le plus bel exemple se trouve dans le village de Lentilles : l'adorable église Saint Jacques-Saint Philippe. A l'intérieur, une charpente incroyable ! Une merveille de simplicité et d'authenticité !
Petite halte pour déjeuner à Brienne le Chateau, siège de l'école militaire où Napoléon Bonaparte a fait ses études entre l'age de 5 et 10 ans. C'est dans cette école qu'il commencera à réveler d'énormes capacités d'intelligence et de leadership dont il saura faire usage plus tard dans sa vie . Il sortit dans les 4 premiers de son école ce qui lui permit de choisir son arme, l'artillerie, très en vogue à l'époque. Aujourd'hui les jeunes officiers qui sortent en bonne place de l'école de Saint Cyr choisissent plus volontiers les forces spéciales ou les régiments d'élite de l'armée française. Il continuera ses études à l'Ecole Militaire de Paris.
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| Brienne le Chateau. |
Le temps étant maussade il est difficile de faire sécher mon linge dehors. Il faut donc trouver dautres moyens : la suspension au dessus du radiateur est efficace.
C'est la fête à de Bar sur Aube, les forains et les vendeurs de gauffres occupent les rues de la ville. Une grande animation dans le centre ville avec la foule des visiteurs et des enfants avec leur barbe à papa. Soudain, en arrivant sur la grande place, j'entends une voix extraordinaire accompagnée par un orchestre très "soul".
Malgré le poid de mon sac à dos cette musique me donne envie de danser. Cette femme subjugue l'assistance . L'effet est saisisant, électrique. J'adore.
Après ces instants privilégiés dans cette petite ville, la punition arrive très rapidement : une montée épouvantable pour accéder au plateau qui surplombe la cité et les plaines environnantes. Arrivé en haute, le souffle court, depuis un belvédère, j'aperçois au loin, à peut- être une vingtaine de kilomètres, une colline boisée d'où émerge une gigantesque croix de Lorraine : Colombey les Deux Eglises. Cette croix veille sur le grand Charles !
Quelques belles forêts sur le chemin avant de passer par le village de Clairvaux, siège d'une ancienne prison réservée aux détenus les plus dangereux et dont la seule vue me procure immédiatement une crise de sinistrose aiguë. Autrefois ce batiment était une abbaye, ce qui ne devait, malgré tout, pas rendre cet endroit beaucoup plus gai.
Au village de Chateauvilain, grosses difficultés pour trouver le bon chemin pour traverser la forêt d'Arc en Barrois. Une pointe d'irritation me gagne jusqu'à ce que je tombe sur cet écriteau sur la porte d'une maison du village. Ca me fait hurler de rire et me remet l'humeur dans le bon sens.
En voilà certains qui n'ont rien à craindre du tourisme de masse !
Finalement je suis obligé de contourner la forêt par l'ouest pour prendre une allée de plus de 10 km qui m'aménera juste au dessus du village d'Arc en Barrois. Seul le passage d'un magnifique cerf rompra la monotonie de cet aprés midi. A l'arrrivée de l'autre coté de la forêt, un panneau m'indique que son accés est totalement interdit. J'ai eu chaud et économisé €135 d'amende. Par contre je n'ai aucune explication quant à cette interdiction.
Heureusement la forêt regorge de cèpes, ce qui est une distraction plus amusante que les murs d'une ancien établissement pénitentier. Dans un hébergement à proximité d'un village mon hotesse me proposera pour le diner un velouté de ces champignons fait maison. Un véritable délice !
Le relief s'accentue de plus en plus, la marche devient plus fatigante avec une météo très irrégulière. Au loin la ville de Langres sur son piton qui promet une belle grimpette pour y accéder.
Aprés une belle journée de marche j'arrive au village de Coublanc dans lequel j'avais réservé un hébergement. En fait c'est un hameau qui est complètement désert à cette heure. Je m'arrête devant l'église pour chercher sur mon GPS l'adresse de ma chambre d'hôte. Avec horreur je constate qu'il m'indique une distance de 275km. Il y a un deuxième village en France qui s'appelle Coublanc et c'est là bas que, par erreur, j'avais réservé. Aucune autre possibilité de trouver une chambre là où je suis et je n'ai pas d'autre choix que de rejoindre Champlitte qui était mon étape du lendemain. Résultat je fais deux étapes en une seule journée. Inutile de dire qu'à l'arrivée je suis azimuté de fatigue. Mais au fond de moi bien content malgré tout d'avoir réussi ce challenge inattendu !
Dans un champs en bordure du chemin, des milliers d'insectes volants éclairés par un rayon de soleil ressemblent à un nuage. C'est magnifique.
Il y a 56 ans alors que je venais de passer mon bac, j'avais été à Besançon pour l'ordination d'un séminariste qui s'occupait de nous dans le pensionnat où je faisais mes études à Riom. Je n'étais jamais revenu dans cette ville. Et j'en profite pour échanger avec lui par mail. Un retour dans les souvenirs de cette école qui aura réussi la performance d'avoir été la seule à me faire travailler pendant les trois ans que j'y suis resté. Les autres (nombreuses) avaient baissé les bras au bout de quelques mois devant mon incurie pathologique.
Besançon c'est le début de la montagne du Jura, ce qui n'est pas sans me causer une certaine anxiété. Serai-je capable de la franchir ?
En me promenant dans la ville je tombe sur une rue qui porte le nom du grand-père d'un de mes amis : le marquis de Moustier. Député sous la 3ème République, il refusa de voter les pleins pouvoir à Pétain, puis de retour dans sa province il participa évidement à de nombreuses activités de résistance. Il fut pris par les allemands puis déporté et mouru dans un camp de concentration. Compagnon de la Libération à titre postume. Honneur et respect !
Effectivement ça commence à grimper sévèrement à la sortie de Besançon avec une météo toujours à la pluie. Malgré tout quelques magnifiques panoramas depuis le belvedère du Gratteris !
Aprés Mouthier-Haute Pierre, les choses se compliquent singulièrement avec un mauvais sentier non balisé, à pic sur une rivière, plein de boue et encombré tous les 30 mètres par des arbres tombés en travers. De temps en temps sa trace disparait complètement dans les barres rocheuse et j'ai un mal fou à retrouver le bon chemin par des contournements hazardeux. Il y a quelques passages qui me mettent carrément une trouille bleue. Puis j'arrive à une résurgence qui vomit la rivière que je suis tant bien que mal depuis ce matin.
C'est vers cet endroit que je rencontre le seul pélerin croisé depuis mon départ de Reims. Un jeune homme, originaire de Nogent le Rotrou à quelques 35 km de chez moi. Lui fait des étapes de 40 km par jour et ne semble pas en souffrir. Aprés avoir devisé pendant quelques kilomètres il me laisse littéralement sur place. Heureuse et insouciante jeunesse !
Mais la journée est loin d'être fini et ça continue de grimper jusqu'à Pontarlier sous une forte pluie. Je vérifie sur mon application qui indique la position radar de la pluie et effectivement je suis en plein dedans.
Je suis obligé de me protéger sous l'abribus sur la place d'un village. Quelle chance d'avoir trouvé cet abri parce que les pigeons, eux, restent dehors sur le faîte d'un toit comme des notes de musique sur une partition !
L'étape qui m'amène de Pontarlier à Sainte Croix, commence assez fort avec une première ascencion qui me porte au dessus du Village de Cluses et Mijoux. Vue imprenable sur la vallée et le chateau de Joux qui la garde. Mais ça a été assez dur. Je sens que mes limites sont proches.
Sur l'autre versant de la vallée, en plein milieu du Jura, ça monte tellement que je suis obligé de m'arréter tous les 1/4 d'heure pour reprendre mon souffle. 40 de tabagisme ça laisse des traces ! Mais les cloches des belles vaches monbéliardes m'encouragent de leur musique alpestre. L'oratoire de Montpetot me permets une halte méritée et nécessaire.
Evidemment la frontière suisse se passe presque sans s'en apercevoir. A l'entrée de la petite ville de Sainte Croix ce panneau me plait : tolérance et respect.
En Suisse on a toujours l'impression d'une grande propreté, même les bouses de vache ont l'air bonne à manger !
La descente dans le canyon de l'Arnon vers Orbe est majestueuse. C'est tellement beau. Je suis trop content de cette journée où je peux approcher des chamois assez peu farouches malgré tout.
Puis c'est la descente tranquillement vers Lausanne en trois jours et la fin d'un voyage passionnant, assez long, dans la solitude et au travers de régions jusqu'alors totalement inconnues. Canterbury vers Lausanne, sur la route de Rome, c'est 1100 km de découverte, de marche, souvent de souffrance mais surtout de tellement de bonheur et de plaisir indescriptible !
Maintenant afin de finir a totalité de la Via Francigena, c'est à dire les 3400 km de Canterbury vers Santa Maria de Leuca en passant par Assise et Rome, ne me reste qu'à rallier Lausanne au col du Grand Saint Bernard et la boucle sera bouclée. La traversée des Alpes est prévue pour septembre 2026 et ce sera un test de volonté et d'endurance.
30 Aout 2026. Vers le col du Grand Saint Bernard . . .




































































